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Accueil > Vie du réseau > Réalisations > Portraits > Entretien texte : Mariannick Cornec (2012)

Une documentaliste CNRS au sein d’une BU

par Agnès - publié le

Le centre de documentation du LAHRHA est installé depuis septembre 2006 dans les locaux de la BIU Diderot. Peux-tu nous expliquer ce qui a présidé à ce choix ?

Le LARHRA est une UMR multi-sites issue de la fusion de cinq anciennes unités, dont deux possédaient des fonds documentaires importants. Il s’agissait à la fois de régler un problème de locaux, et de mettre en place une nouvelle entité cohérente afin de regrouper, conserver et valoriser ces fonds dans des conditions optimales.
J’étais la seule documentaliste de l’unité. Je gérais la documentation de l’ancien laboratoire d’histoire économique et sociale, à l’ISH.

Nous avons donc entamé une réflexion, avec l’appui d’une Commission documentation créée à cet effet au sein du LARHRA. Plusieurs pistes ont été abordées : avoir un plateau dans la nouvelle bibliothèque Chevreul, remplacer une bibliothèque existante (transférée ailleurs), occuper deux anciennes salles de classe de l’université rue Pasteur… Mais aucune n’a abouti, soit pour des raisons techniques (sols), ou politiques (locaux voués à d’autres destinations).

Une autre solution a émergé, suite à des échanges avec le directeur de l’ENS-LSH, alors membre de notre laboratoire. Celle de rejoindre la Bibliothèque interuniversitaire-Lsh, sur le site de l’ENS-LSH.

Les arguments en faveur de l’installation de la documentation du LARHRA à la BIU ont été les suivants :
-  L’ENS étant une des tutelles du laboratoire, ce transfert prenait sens ;
-  De l’espace suffisant : l’octroi d’une grande salle de lecture, et de rayonnages dans les magasins périodiques et monographies ;
-  L’attribution de moyens : un personnel CDD ENS à temps partiel, des facilités de gestion, des possibilités de profiter des formations BIU ;
-  L’intégration des notices de notre catalogue au SUDOC ;
-  L’existence d’un important Pôle Histoire moderne et contemporaine, avec lequel nous étions déjà en relation.

Quelles étaient les attentes de la BIU ? A-t-elle posé des conditions et si oui, lesquelles ? (intégration du fonds dans le catalogue, ouverture tout public, etc. …)

L’installation de notre centre de documentation à la BIU a été encadrée par une convention d’intégration, signée par l’ENS, le CNRS, Lyon 2. Le but de l’opération était d’être gagnant-gagnant. La convention est le fruit d’un travail commun, et de négociations menées entre les différentes parties. La BIU attendait notamment une ouverture directe par ce biais vers le monde de la recherche (ce qui est sa vocation), un enrichissement de ses collections par des fonds spécifiques (mémoires et thèses en histoire moderne et contemporaine, fonds riche d’histoire urbaine). On ne peut donc parler de conditions, mais de négociations : mise à disposition de locaux et de moyens côté BIU ; dépôt de fonds, transfert de notices, insertion d’un personnel, côté LARHRA…

Outre l’intégration de nos notices au catalogue local, via le SUDOC, la BIU a demandé d’assurer la gestion des abonnements de périodiques et des commandes d’ouvrages. Pour les ouvrages, cela n’a pas été possible, car nous commandons principalement sur contrats et c’est le laboratoire qui gère les crédits.

Il nous a aussi été demandé de participer aux différents groupes de travail de la BIU : Groupe services aux chercheurs, Groupe catalogage, Groupe acquéreurs, Groupe formations. Ce qui est logique et normal.

Sur le plan matériel, nous avons dû adopter une signalétique harmonisée (cotes libre-accès, panneaux de signalisation).

La convention stipule aussi que nous devons établir un bilan d’activité annuel et répondre aux enquêtes BIU.
Le LARHRA étant déjà ouvert à tout public auparavant, rien n’a changé.

Une Commission scientifique comprenant la direction de la BIU, la direction du LARHRA, la documentaliste, des représentants des chercheurs et enseignants-chercheurs du LARHRA et des conservateurs de la BIU, a été mise en place pour assurer le suivi de la politique documentaire et veiller au bon fonctionnement de l’intégration des collections du LARHRA, dans le respect des termes de la convention.

As-tu été obligée de tout recoter ?

J’ai recoté le fonds des monographies placées en libre-accès, soit environ 5000 ouvrages pour l’instant. La littérature grise est restée en magasin, donc pas de recotation. Pour les monographies, j’ai souhaité – et ce fut mon choix – m’aligner sur le reste de la bibliothèque et j’ai donc recoté en Dewey. J’ai pour cela adapté la classification à un fonds spécialisé en histoire.

En termes de politique documentaire, le laboratoire reste-t-il indépendant dans ses choix ? Comment s’équilibrent les fonds (ouvrages, périodiques) entre le labo et la BIU ?

La direction de la BIU souhaitait peut-être une intégration plus large, et la rencontre des deux « cultures », une culture BU et une culture labo, si elle a été d’une grande richesse, a pu au début poser quelques questionnements. En dépit de cette installation à la BIU, il était impératif que la documentation LARHRA conserve ses spécificités, et reste au plus près des intérêts de son labo, tout en travaillant à l’intégration harmonieuse des fonds, au développement de nouvelles compétences et coopérations. Le point de mire doit être constamment enrichissement mutuel et complémentarité.
La convention pouvant pêcher par un manque de précisions concernant certains points (je l’ai perçu après-coup), un équilibre a dû se mettre en place, au fil des années, au prix de beaucoup de communication et de bonne volonté des deux côtés.

Le rôle de la Commission documentation est fondamental ici. Il s’agit d’œuvrer dans le sens d’une rationalisation et d’une optimisation des services documentaires du LARHRA dans le cadre de la BIU et au service du plus grand nombre, tout en préservant l’autonomie et les intérêts du laboratoire.

A titre d’exemples de décisions prises en concertation, il y a eu l’alignement des conditions de prêt des monographies en libre-accès sur celles de la BIU. Compte tenu de la sensibilité de ce point, le conseil de laboratoire a été consulté auparavant.

Autre exemple : les périodiques ont été intégrés au Pôle périodiques commun ENS-BIU. Nous avions travaillé sur ce projet avec la conservatrice d’histoire et le responsable du Pôle périodiques. Projet que nous avons soumis à la Commission, qui a donné son accord.

Jusqu’à présent, les ouvrages magasin (dont le riche fonds des travaux universitaires) ne sont communicables que sur le Pôle LARHRA, et que par du personnel de la documentation LARHRA (donc hors circuit BIU). Or, une demande récurrente de la BIU est d’accepter une communication intégrée au système COMAG. L’avantage serait que la consultation de ces ouvrages ne dépendrait plus de nos permanences (or nous n’en n’avons pas le samedi, jour d’affluence). L’inconvénient, moins de souplesse. Pour cette décision, les documents étant la propriété du LARHRA, le choix appartient encore, in fine, au laboratoire, avant d’être entériné en Commission.

A compter du 2ème semestre 2012, compte tenu de la création de la BDL, le fonctionnement de la documentation du LARHRA va certainement évoluer (nouvelle convention nécessaire).

Comment les chercheurs ont-ils vécu l’éloignement de leur outil de travail ? Comment arrives-tu à travailler avec eux ?

Très mal pour certains !!! Ceux-là se sont sentis dépossédés de leur outil de travail, et de leur personnel. Au début du déménagement, certains chercheurs ne venaient plus dutout, mais ensuite les choses ont évolué, se sont « tassées », normalisées.

De mon côté, concrètement, je me suis attachée à aller environ une fois par semaine dans les murs du labo, rendre visite, apporter un ouvrage, chercher du matériel. Ce lien physique avec le labo est aussi important pour moi d’ailleurs.
J’ai également tenu à participer à des projets strictement labo : équipe ANR pour une bibliographie sur le l’histoire du patronat, Lettre du LARHRA…. Tout cela pour bien montrer que je faisais encore partie du laboratoire, qu’ils avaient toujours « leur » documentaliste.

A la BIU, cet aspect humain – outre la souplesse de fonctionnement propre à une documentation de laboratoire - a été un des facteurs qui m’ont fait me battre pour conserver la spécificité des règles de communication et de prêt pour les travaux universitaires.

J’insiste sur ma ligne de conduite permanente : être la médiatrice entre les deux cultures, entre le laboratoire et la BIU.

PS : lors du transfert, certains chercheurs et enseignants-chercheurs ont obtenu de la direction du labo le maintien de « crypto-bibliothèques » dans leurs bureaux. Mais chut…..

Documentaliste CNRS, tu as réussi à t’intégrer à une équipe de conservateurs. Comment cela s’est-il passé au début ? Participes-tu à des activités organisées par la bibliothèque ?

Je me suis parfaitement intégrée. Grâce notamment à la bonne volonté et à l’accueil très chaleureux du personnel de la BIU. Et aussi parce que nous avons un objectif commun, qui est de développer une bibliothèque niveau recherche et de soutenir les chercheurs et étudiants dans leurs activités.
Avant l’intégration de nos collections, je travaillais déjà avec la conservatrice du Pôle histoire, pour les acquisitions. Une nouvelle conservatrice est arrivée la même année que moi et nous avons très vite noué d’excellentes relations professionnelles.

Et puis j’ai participé de suite aux différents groupes de travail (Services aux chercheurs, Catalogage, Acquisitions, Formations).

La documentation du LARHRA donne, dans le cadre du groupe Formation de la Bibliothèque, des formations aux doctorants (Biblio-SHS, les MSH, les ressources « cachées « en histoire), validées par l’École doctorale. Il m’est par ailleurs arrivé de faire dans les premiers mois des présentations pour le personnel de la BIU de ces ressources, qu’ils ne connaissaient pas,

J’ai organisé l’an dernier pour les conservateurs une visite de la bibliothèque de la MOM, grâce à la coopération de sa responsable.

Autre exemple de collaboration, le réseau Isidora a ouvert ses journées aux collègues de la BIU.

Sans parler des relations avec les membres du laboratoire : visites de la BIU, séminaires ou formations labo montées dans les murs de la BIU, invitation de conservateurs aux AG du labo, commission documentation du LARHRA, PEB, aides et médiations diverses.

A l’heure de la création de la Bibliothèque Diderot de Lyon, la documentation LARHRA est reconnue comme un Pôle à la fois bien défini, et bien intégré. Les relations avec les conservateurs sont permanentes, constructives, naturelles, je dirais.

Tu ne crains pas que le fonds soit à terme « fondu » dans le fonds de la BIU ?

Cela est impossible car les fonds sont protégés par la convention. Nous restons propriétaires des documents. Ils sont matérialisés « Documentation LARHRA » (estampillage, cote pour les ouvrages). De même pour les notices : nous avons notre propre numéro RCR sur le SUDOC et apparaissons comme bibliothèque spécialisée intégrée à la BIU. Sur le catalogue local, nos notices sont aussi identifiées « Bibliothèque LARHRA » et une interrogation ciblée est possible. Les notices des collections de périodiques doivent être bien rattachées à notre centre de documentation, même si elles sont gérées par le Pôle périodiques de la BIU (ou maintenant bibliothèque Diderot).

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un collègue qui serait amené à se trouver dans la même situation ?

Grande diplomatie, ouverture, garder ses objectifs et priorités en vue, mais avec souplesse. Positiver, se placer dans la construction. Etre très vigilant sur la convention.

A noter : Entretien réalisé après départ du poste (quitté le 31 mai 2012). Le contenu de cet entretien n’engage que son auteur.

La BIU n’existe plus, un SICD a été créé en 2012, regroupant la BIU Lsh et la bibliothèque de l’ENS de Lyon, elle-même résultant de la fusion des bibliothèques de l’ENS-LSH et de l’ENS Sciences de Lyon avec la bibliothèque de l’ancien Institut national de la recherche pédagogique. C’est la Bibliothèque Diderot de Lyon (BDL).